À retenir
- En CDI, la résiliation judiciaire est un recours réservé au salarié, pour manquements graves de l’employeur (base : article 1224 du Code civil).
- En contrat à durée indéterminée, l’employeur qui peut licencier ne peut pas la demander (Cour de cassation, chambre sociale, 13 mars 2001, n° 98-46.411).
- Pendant la procédure, le contrat continue : le salarié travaille, l’employeur paie.
- Résiliation prononcée = effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse (articles L. 1235-3 et suivants) ; en cas de liquidation, l’AGS garantit les créances salariales (L. 3253-6 et suivants).
I. Qu'est-ce que la résiliation judiciaire du contrat de travail ?
Vous êtes salarié, votre employeur ne paie plus vos salaires, ferme les yeux sur un harcèlement ou modifie unilatéralement votre contrat ? La résiliation judiciaire du contrat de travail vous permet de demander au conseil de prud’hommes de rompre votre contrat aux torts de l’employeur, tout en continuant à travailler pendant la procédure. En contrat à durée indéterminée, c’est un levier réservé au salarié. Pour découvrir l’ensemble de mes domaines d’intervention en droit du travail, vous pouvez consulter la page d’accueil du cabinet.
Je vous explique la démarche pas à pas : les manquements qui la justifient, la saisine du conseil de prud’hommes, ce qui se passe pendant la procédure, les effets du jugement et les indemnités que vous pouvez obtenir. J’aborde aussi la question sensible de la liquidation judiciaire de l’entreprise : la garantie AGS prend alors le relais des créances salariales, dans des plafonds fixés par la loi.
Chaque situation reste individuelle : le juge apprécie la gravité des manquements au cas par cas. Cet article vous donne les repères nécessaires.
A. Définition et fondement juridique
La résiliation judiciaire est l’action par laquelle un salarié demande au juge de rompre son contrat de travail aux torts de son employeur, parce que celui-ci a gravement manqué à ses obligations. C’est le juge, et lui seul, qui prononce la rupture après avoir apprécié les faits.
Son fondement se trouve à l’article 1224 du Code civil (anciennement 1184), qui prévoit qu’en cas d’inexécution suffisamment grave d’un contrat, la résolution peut être prononcée par une décision de justice. Les juges appliquent cette règle au contrat de travail, avec un régime propre à sa nature.
Concrètement, vous saisissez le conseil de prud’hommes et vous demandez au juge de constater que votre employeur ne remplit plus sa part du contrat. Si le juge vous suit, la rupture est prononcée à ses torts. S’il refuse, votre contrat se poursuit normalement.
B. En CDI, seul le salarié peut la demander
L’employeur qui reproche un manquement à un salarié en CDI dispose d’un outil dédié : le licenciement, avec sa procédure et ses garanties. La chambre sociale de la Cour de cassation en a tiré la conséquence le 13 mars 2001 (pourvoi n° 98-46.411, publié au bulletin, c’est-à-dire destiné à faire jurisprudence) : l’employeur qui peut licencier n’est pas recevable, hors les cas prévus par la loi, à demander la résiliation judiciaire d’un contrat à durée indéterminée.
Résultat : en CDI, la résiliation judiciaire est un recours réservé au salarié. L’employeur qui saisirait le juge à ce titre verrait sa demande déclarée irrecevable.
Le régime reste différent pour le CDD, où la rupture anticipée obéit à ses règles propres (article L. 1243-1 du Code du travail).
II. Dans quels cas demander la résiliation judiciaire de son contrat ?
A. Les manquements graves de l'employeur reconnus par la jurisprudence
B. Ce qui ne suffit pas à obtenir la résiliation
Le juge exige que les manquements soient suffisamment graves pour empêcher la poursuite du contrat (Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, pourvoi n° 12-21.372, publié au bulletin). Il apprécie cette gravité au cas par cas. Parmi les manquements invoqués :
- Non-paiement ou retards répétés du salaire, y compris de primes conventionnelles ou d’heures supplémentaires effectuées.
- Manquement à l’obligation de sécurité : harcèlement moral ou sexuel non traité, exposition à un danger, absence de mesures de prévention.
- Modification unilatérale du contrat imposée par l’employeur (rémunération, durée du travail, qualification, lieu de travail hors clause de mobilité).
- Discrimination ou traitement inégalitaire prohibé par la loi.
- Non-respect d’obligations légales importantes (visite médicale, fourniture de travail, respect des durées maximales).
Un manquement isolé et récent peut suffire s’il est particulièrement grave. À l’inverse, une accumulation de faits mineurs peut, cumulée, franchir le seuil de gravité. Le juge lit l’ensemble du dossier, pas une pièce isolée.
Toutes les tensions professionnelles ne relèvent pas de la résiliation judiciaire. Des reproches anciens, qui n’ont pas empêché le contrat de se poursuivre, ou des faits mal établis fragilisent la demande.
Un salaire réglé avec quelques jours de retard, un désaccord ponctuel sur des tâches, une réorganisation sans modification du contrat : pris isolément, ces motifs peinent à convaincre. Le juge cherche une atteinte suffisamment sérieuse pour justifier de rompre le contrat aux torts de l’employeur.
C’est aussi pour cela que la préparation en amont fait toute la différence : un dossier solide, des preuves datées, une chronologie claire.
III. La procédure pas à pas devant le conseil de prud'hommes
A. Étape 1 : rassembler les preuves des manquements
Avant toute action, on prépare le dossier. Les preuves utiles varient selon le manquement invoqué. Pour un défaut de paiement : bulletins de paie, relevés bancaires, mises en demeure. Pour un harcèlement : témoignages datés et circonstanciés, arrêts de travail, courriers échangés, alertes au CSE ou au service RH. Pour une modification unilatérale : contrat de travail initial, avenants, courriers électroniques, notes de service.
Un écrit adressé à l’employeur pour lui signaler les manquements est utile : il fixe la date à laquelle vous les avez portés à sa connaissance et le laisse en mesure d’y remédier. Son silence, ou son refus, sera un élément du dossier.
Cette étape se prépare avec un avocat en droit du travail, qui identifie les preuves recevables et écarte celles qui affaibliraient le dossier.
B. Étape 2 : saisir le conseil de prud'hommes par requête
La juridiction compétente est en principe le conseil de prud’hommes du lieu de l’établissement où vous travaillez ; si vous travaillez à domicile ou hors de tout établissement, celui de votre domicile. Vous pouvez aussi saisir celui du lieu où l’engagement a été conclu ou du lieu où l’employeur est établi (article R. 1412-1 du Code du travail). La saisine se fait par requête écrite, remise ou envoyée au greffe.
La requête énonce les faits, formule les demandes (résiliation judiciaire à titre principal, indemnités subséquentes, dommages et intérêts) et joint la liste des pièces sur lesquelles vous vous appuyez. Elle peut aussi contenir des demandes accessoires : rappels de salaires, heures supplémentaires, indemnités pour manquement à l’obligation de sécurité.
La représentation par avocat n’est pas obligatoire en première instance, mais elle sécurise la présentation du dossier et le respect des règles de procédure.
C. Étape 3 : audience de conciliation, mise en état, jugement
La procédure prud’homale commence, en principe, par une audience devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO). Elle a pour mission de tenter de concilier les parties. Faute de conciliation, l’affaire est orientée vers le bureau de jugement.
S’ensuit une phase de mise en état pendant laquelle les parties échangent leurs conclusions et leurs pièces. Puis vient l’audience de jugement, où l’affaire est plaidée, avant que le conseil rende sa décision, le jour même ou à une date qu’il fixe.
Les règles de la procédure prud’homale évoluent : la forme de la requête et le calendrier s’apprécient à la date de votre saisine. Je vérifie avec vous celles qui s’appliquent à votre dossier.
Votre situation mérite un regard précis Chaque dossier de résiliation judiciaire se joue sur la chronologie, les preuves et l'articulation avec la convention collective.
Je vous reçois pour un premier échange sur votre situation, sans engagement, et je vous dis honnêtement quelles voies s’ouvrent à vous.
IV. Que se passe-t-il pendant la procédure de résiliation judiciaire ?
A. Le contrat continue : travail et salaire dus jusqu'au jugement
C’est la grande différence avec la prise d’acte : le contrat de travail se poursuit tant que le juge n’a pas statué. Le salarié doit continuer à se présenter à son poste et à exécuter ses missions. L’employeur, de son côté, reste tenu de verser les salaires et de respecter toutes ses obligations contractuelles.
Ce fonctionnement protège concrètement le salarié : il ne s’expose pas à une démission requalifiée, et il ne perd pas sa rémunération pendant l’instance. Si la situation devient intenable au travail (harcèlement, danger), un arrêt de travail médical peut suspendre l’exécution du contrat sans y mettre fin.
Si l’employeur licencie le salarié pour d’autres faits survenus pendant la procédure, le juge recherche d’abord si la demande de résiliation était justifiée ; c’est seulement dans le cas contraire qu’il se prononce sur le licenciement (Cour de cassation, chambre sociale, 16 février 2005, pourvoi n° 02-46.649, publié au bulletin).
B. Combien de temps dure une résiliation judiciaire ?
La durée d’une procédure de résiliation judiciaire dépend du conseil de prud’hommes saisi, de la complexité du dossier et des éventuels recours. En pratique, il faut compter plusieurs mois entre la saisine et le jugement de première instance, et davantage lorsque le dossier appelle des mesures d’instruction.
Les délais varient sensiblement d’un ressort à l’autre : certains conseils sont plus engorgés que d’autres. En cas d’appel, l’affaire est examinée une seconde fois, ce qui allonge le délai.
Cette durée fait partie du choix : demander la résiliation judiciaire, c’est accepter de continuer à travailler dans l’entreprise pendant l’instance. Si la situation ne le permet pas, d’autres voies existent (prise d’acte, licenciement pour inaptitude, rupture conventionnelle), avec chacune leurs conséquences. Si votre employeur refuse une rupture conventionnelle, mon article Rupture conventionnelle refus employeur : que faire si la direction dit non ? détaille vos options.
V. Les effets du jugement qui prononce la résiliation
A. Rupture aux torts de l'employeur : les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse
Lorsque le juge prononce la résiliation judiciaire d’un contrat toujours en cours, la rupture prend effet à la date du jugement (Cour de cassation, chambre sociale, 11 janvier 2007, pourvoi n° 05-40.626, publié au bulletin). Elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, régime prévu aux articles L. 1235-1 et suivants du Code du travail.
Pour les salariés protégés (représentants du personnel, membres du comité social et économique, conseillers prud’hommes), la résiliation prononcée aux torts de l’employeur produit les effets d’un licenciement nul pour violation du statut protecteur (voir la dernière partie).
B. Les indemnités auxquelles le salarié a droit
La rupture ouvre droit aux indemnités classiques d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse :
- L’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (article L. 1234-9 du Code du travail), calculée selon l’ancienneté du salarié.
- L’indemnité compensatrice de préavis (article L. 1234-5), correspondant à la durée du préavis prévu par la convention collective ou la loi.
- L’indemnité compensatrice de congés payés pour les jours acquis et non pris.
- Des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, dans les limites fixées par l’article L. 1235-3 (barème dit « Macron », issu de l’ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017), qui prévoit des minima et maxima selon l’ancienneté et l’effectif de l’entreprise.
Des indemnités supplémentaires peuvent s’y ajouter selon le contexte : rappels de salaire, dommages et intérêts pour harcèlement, indemnité pour manquement à l’obligation de sécurité, indemnité pour travail dissimulé si les faits sont caractérisés. Chaque poste se justifie par des preuves.
Le montant total ne se prédit pas au premier rendez-vous : il dépend de la convention collective, de l’ancienneté, du salaire de référence, des manquements retenus. Un chiffrage sérieux se fait après analyse de votre dossier.
VI. Et si le juge rejette la demande de résiliation ?
Le juge peut estimer que les manquements invoqués ne sont pas suffisamment graves, ou qu’ils ne sont pas établis. Dans ce cas, il rejette la demande de résiliation judiciaire et le contrat de travail se poursuit. Le salarié reste en poste, l’employeur reste tenu de ses obligations, et la vie du contrat continue.
Le rejet n’emporte pas de sanction contre le salarié : il n’est pas assimilé à une démission, il ne perd pas ses droits. Le juge peut toutefois mettre à sa charge une somme au titre des frais d’avocat de l’autre partie (article 700 du Code de procédure civile).
Le salarié peut faire appel du jugement : le délai d’appel est d’un mois (article R. 1461-1 du Code du travail). Il peut aussi, ultérieurement, engager une nouvelle procédure si de nouveaux manquements interviennent : un rejet n’épuise pas les droits futurs.
La question du retour dans l’entreprise après un rejet mérite d’être anticipée avec son avocat : la relation de travail sort marquée d’un contentieux, et il faut évaluer les suites possibles (nouvelle procédure, négociation, autre mode de rupture).
VII. Résiliation judiciaire et liquidation judiciaire : la protection de l'AGS
A. L'AGS prend le relais quand l'employeur est en liquidation
Lorsque l’entreprise passe en redressement ou liquidation judiciaire, la question centrale devient le paiement des créances salariales. C’est le rôle de l’AGS, l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés, financée par une cotisation patronale obligatoire (articles L. 3253-6 et suivants du Code du travail).
L’AGS avance au mandataire judiciaire (le professionnel désigné par le tribunal pour représenter les créanciers) les sommes dues au salarié, dans les limites posées par la loi. Elle cherche ensuite à les récupérer sur les biens de l’entreprise.
La liste des créances garanties est fixée par l’article L. 3253-8 du Code du travail. Elle comprend notamment les sommes dues aux salariés à la date du jugement qui ouvre la procédure, et les créances nées de ruptures intervenues dans certaines périodes que le texte précise.
Les indemnités d’une résiliation judiciaire prononcée aux torts de l’employeur peuvent ainsi être prises en charge lorsque la rupture intervient dans les périodes prévues par ce texte, même quand l’entreprise n’a plus les moyens de les payer.
B. Les plafonds de garantie et les délais à respecter
La garantie de l’AGS s’exerce dans des plafonds fixés par décret : six fois le plafond mensuel retenu pour les contributions d’assurance chômage, ramené à cinq ou quatre fois selon la date de conclusion du contrat par rapport au jugement d’ouverture (article D. 3253-5 du Code du travail).
Le mécanisme suit des étapes : le mandataire judiciaire dresse le relevé des créances salariales et le transmet à l’AGS, qui avance les sommes. Il est prudent de vérifier ce relevé et de signaler sans attendre tout poste manquant.
Un avocat en droit du travail peut vérifier que toutes les créances sont inscrites et défendre celles que le mandataire ou l’AGS contestent.
VIII. Résiliation judiciaire ou prise d'acte : laquelle choisir ?
La prise d’acte de la rupture du contrat aux torts de l’employeur est l’autre voie ouverte au salarié qui subit des manquements graves. Son régime a été précisé par la chambre sociale de la Cour de cassation le 25 juin 2003 (pourvoi n° 01-42.335, publié au bulletin). Elle fonctionne autrement : le salarié notifie lui-même la rupture à son employeur, et cesse immédiatement de travailler. C’est ensuite le juge, saisi a posteriori, qui qualifie la rupture.
Deux issues possibles : si les manquements sont jugés suffisamment graves, la prise d’acte produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse (mêmes indemnités que la résiliation judiciaire) ; sinon, elle produit les effets d’une démission, sans indemnité de rupture.
Le choix dépend de votre situation. La résiliation judiciaire préserve l’emploi et le salaire pendant l’instance, au prix d’une durée plus longue : elle convient quand continuer à travailler reste soutenable. La prise d’acte permet une rupture immédiate, au prix d’un risque : si le juge ne retient pas les manquements, elle vaut démission.
Le point commun : dans les deux cas, la solidité du dossier décide de l’issue. Un dossier fragile, quelle que soit la voie choisie, expose le salarié à un rejet.
IX. Le cas particulier des salariés protégés
Les représentants du personnel, les membres du CSE, les délégués syndicaux et certains autres salariés bénéficient d’un statut protecteur qui subordonne leur licenciement à l’autorisation de l’inspection du travail (articles L. 2411-1 et suivants du Code du travail).
Un salarié protégé peut, lui aussi, demander la résiliation judiciaire de son contrat. Si le juge retient les manquements de l’employeur, la rupture produit les effets d’un licenciement nul pour violation du statut protecteur (Cour de cassation, chambre sociale, 26 septembre 2006, pourvoi n° 05-41.890, décision non publiée au bulletin), avec une indemnisation propre à cette violation.
Ce domaine est technique : les règles propres aux salariés protégés s’ajoutent au droit commun de la rupture.
Sur une situation voisine, vous pouvez lire mon article Burn-out au travail : comment un avocat peut vous aider.
Infographie : le parcours en un coup d'œil
L'essentiel à retenir
En CDI, la résiliation judiciaire est un recours réservé au salarié qui subit des manquements graves de son employeur. Le juge apprécie la gravité au cas par cas, et la rupture prononcée équivaut à un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
1. Fondement : article 1224 du Code civil, appliqué au contrat de travail par les juges.
2. En CDI, l’employeur qui peut licencier ne peut pas demander la résiliation judiciaire (Cass. soc., 13 mars 2001, n° 98-46.411).
3. Pendant la procédure, le contrat continue : le salarié travaille, l’employeur paie.
4. Effets du jugement de résiliation : licenciement sans cause réelle et sérieuse (articles L. 1235-3 et suivants du Code du travail).
5. En cas de liquidation judiciaire, l’AGS garantit les créances salariales (articles L. 3253-6 et suivants), dans les plafonds fixés par décret.
6. Chaque situation mérite une analyse individuelle : un avocat en droit du travail vérifie les preuves, les délais et les indemnités auxquelles vous pouvez prétendre.
FAQ : résiliation judiciaire du contrat de travail, vos questions
Qu'est-ce qu'une résiliation judiciaire du contrat de travail ?
C’est l’action par laquelle un salarié demande au conseil de prud’hommes de rompre son contrat de travail aux torts de son employeur, en raison de manquements suffisamment graves de celui-ci à ses obligations. Le fondement se trouve à l’article 1224 du Code civil, appliqué au contrat de travail par les juges.
Combien de temps dure une résiliation judiciaire ?
Il faut compter plusieurs mois entre la saisine du conseil de prud’hommes et le jugement de première instance, et davantage en cas d’appel. La durée dépend du ressort saisi, de la complexité du dossier et de la charge de la juridiction.
Quels sont les manquements graves de l'employeur qui justifient une résiliation judiciaire ?
Parmi les manquements invoqués figurent le non-paiement ou les retards répétés de salaire, le manquement à l’obligation de sécurité (harcèlement non traité, danger), la modification unilatérale du contrat (rémunération, durée du travail, qualification), la discrimination, ou l’accumulation de manquements moins graves mais persistants. Le juge apprécie la gravité au cas par cas.
L'employeur peut-il demander la résiliation judiciaire du contrat de travail ?
Non, pas pour un contrat à durée indéterminée. La chambre sociale de la Cour de cassation l’a jugé le 13 mars 2001 (pourvoi n° 98-46.411) : l’employeur qui peut licencier n’est pas recevable à la demander. L’employeur qui reproche un manquement à un salarié en CDI dispose du licenciement pour faute. Le régime reste différent pour le CDD.
Quelles sont les conséquences de l'introduction d'une demande de résiliation judiciaire par le salarié ?
Le contrat continue à s’exécuter pendant toute la procédure : le salarié doit travailler et l’employeur doit verser les salaires. Si le juge prononce la résiliation, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse (indemnités des articles L. 1235-3 et suivants). S’il rejette la demande, le contrat se poursuit normalement.
Qu'est-ce qu'une prise d'acte de la rupture du contrat de travail aux torts de l'employeur ?
C’est une voie parallèle à la résiliation judiciaire, dont la Cour de cassation a précisé le régime le 25 juin 2003 (pourvoi n° 01-42.335). Le salarié notifie lui-même la rupture à son employeur et cesse immédiatement de travailler. Le juge, saisi ensuite, qualifie la rupture : soit licenciement sans cause réelle et sérieuse si les manquements sont retenus, soit démission dans le cas contraire.
Comment justifier une prise d'acte ou une résiliation judiciaire ?
Par des preuves écrites et datées : bulletins de paie, courriers échangés, mises en demeure, témoignages circonstanciés, certificats médicaux, alertes au CSE ou aux services RH. La chronologie compte autant que les faits eux-mêmes. Un dossier préparé avec un avocat en droit du travail limite le risque de rejet.
Comment rédiger une lettre pour engager la démarche ?
La résiliation judiciaire se lance par une requête au conseil de prud’hommes, pas par une simple lettre à l’employeur. Un écrit préalable à l’employeur pour lui signaler les manquements est cependant utile : il date votre alerte et laisse à l’employeur la possibilité de régulariser. Sa forme et son contenu se préparent avec votre avocat.
Que couvre exactement l'AGS en cas de liquidation judiciaire de l'entreprise ?
L’AGS garantit, dans les limites des plafonds fixés par décret (article D. 3253-5 du Code du travail), les créances salariales listées à l’article L. 3253-8 : notamment les sommes dues à la date du jugement d’ouverture et certaines créances nées de la rupture du contrat. Le mandataire judiciaire établit le relevé, l’AGS avance les sommes.
Faut-il un avocat pour engager une résiliation judiciaire ?
La représentation par avocat n’est pas obligatoire en première instance devant le conseil de prud’hommes. En pratique, un dossier de résiliation judiciaire suppose une chronologie serrée, des preuves recevables et une stratégie procédurale. En appel, les parties sont représentées par un avocat ou par un défenseur syndical (article R. 1461-1 du Code du travail).
Sources
- Légifrance, Code civil, article 1224 (fondement de la résolution judiciaire du contrat, transposé au contrat de travail).
- Légifrance, Code du travail, article L. 1235-3 (indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse).
- Légifrance, Code du travail, article L. 1234-9 (indemnité de licenciement).
- Légifrance, Code du travail, article L. 2411-1 (salariés protégés).
- Légifrance, Code du travail, article L. 3253-8 (créances garanties par l’AGS).
- Légifrance, Code du travail, article D. 3253-5 (plafonds de garantie AGS).
- Cour de cassation, chambre sociale, 13 mars 2001, pourvoi n° 98-46.411, publié au bulletin (l’employeur ne peut pas demander la résiliation judiciaire d’un CDI).
- Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, pourvoi n° 12-21.372, publié au bulletin (manquement suffisamment grave empêchant la poursuite du contrat).
- Cour de cassation, chambre sociale, 16 février 2005, pourvoi n° 02-46.649, publié au bulletin (licenciement prononcé pendant l’instance).
- Cour de cassation, chambre sociale, 11 janvier 2007, pourvoi n° 05-40.626, publié au bulletin (date d’effet de la résiliation).
- Cour de cassation, chambre sociale, 26 septembre 2006, pourvoi n° 05-41.890, non publié au bulletin (salarié protégé).
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 juin 2003, pourvoi n° 01-42.335, publié au bulletin (prise d’acte).
- Légifrance, Ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017 (prévisibilité et sécurisation des relations de travail, barème d’indemnisation).
À propos de l’autrice
Claire Garreau Lespes est avocate en droit du travail et sécurité sociale, inscrite au Barreau de Marseille. Titulaire d’un Master 2 professionnel, spécialité droit social, et du CAPA (filière droit social), elle accompagne salariés et employeurs sur les questions de licenciement, de contentieux prud’homal et de sécurité sociale.